Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles.

10.06.09

But I know that all your poetry. Just comes from insecurity.

L’intelligence à l’état pur. Une vague douce, poivrée, fascinante qui t’entraîne, te coule et t’élève. C’est la beauté animale d'un requin pimentée de la finesse spirituelle d'un dauphin. C’est cette table de café à laquelle tu t’assieds, ton masque laissé derrière toi, loin. Comme s’il te voyait enfin, et tu t’aperçois un peu aussi, à force. Tous les autres, "ces autres dans leur joie", ne te connaîtront jamais tout à fait ; quoiqu'ils en disent, quoique tu t'en persuades même. Face à eux, tu es jolie, et ça suffit ; un peu superficielle, très hystérique -une fille, en fait. Tu dénigres ta propre voie, tes propres passions -qu'y comprendraient-ils ? Ils gâcheraient tout, d'ailleurs. Tu préfères encore te travestir que de te battre, les voir salir ton amour. Les "Tu fais de la philo ? Mais t'es super-intelligente en fait ?" t'ont suffit pour laisser ce toi de côté, l'espace d'une soirée, d'une nuit, d'une semaine. Tu ris à des blagues qui n'en sont pas, tu fais mine de t'intéresser à la vie d'un charcutier-traiteur d'intermarché, tu embrasses ta copine sur la bouche et vous pouffez. Et tu méprises, tu dénigres, tu fatigues. Et là, avec lui, tes paroles rebondissent contre les siennes, en une valse magnifique ; harmonieuse et décalée, persuadée et en perpétuelle évolution. Tu t’aimes dans ses yeux, car il n’est qu’esprit. Tu te trouves soudain magnifique, et fière de l’être au fil de ses compliments. Ton corps s’abandonne, laissant place aux jongleries de vos joutes verbales : tu n’es plus belle ni laide, ton corps te supporte, d’ici à là-bas, vers lui. Exclusivement tu te noies. Tu perds pied, le fond de l’eau est trouble, une algue surgit ici, un poisson nage là. La lumière te guide, seule, sourde, intouchable, éclatante parfois. L’eau est tendre, elle te berce, d’emporte, sous le flot de génie qu’il te délivre. Tu te noies, certes ; mais tes poumons ne s’emplissent que de sa richesse, et ton souffle n’est court que sous les tourbillons d’illumination que vous partagez.

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09.02.09

This could be it, I think I'm in love
It's love this time
It just seems to fit, I think I'm in love
This love is mine

I can see you with me when I'm older
All my lonely night are finally over
You took the weight of the world off my
shoulders (the world just goes away)

Oh, when you kiss me

I know you miss me--
and when you're with me
The world just goes away
The way you hold me
The way you show me that you
adore me--oh, when you kiss me
Oh, yeah

You are the one, I think I'm in love
Life has begun

I can see the two of us together
I know I'm gonna be with you forever
Love couldn't be any better

 
I can see you with me when I'm older
All my lonely nights are finally over
You took the weight of the world off my
shoulders (the world just goes away)


And when you kiss me
I know you miss me
Oh, the world just goes away
When you kiss me

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25.01.09

Le samedi soir quand la tendresse s'en va tout seule.

Avec le temps, va, tout s’en va

Avec le temps, va, tout va bien

 

Mais ici, chaque pièce a gardé sa place, l’échiquier n’a pas été rangé ni la partie achevée. Il ne s’agit pas de souvenirs, de nostalgie, non. Les sentiments sont frais, verts, brillants ; le bleuté de ses yeux ne s’estompe, ses mèches brunes volent au vent, sous la tempête, comme avant, hier, à jamais. Je ne suis pas lassée, je ne suis pas confortable, et son lit non plus. Une soirée de plus, avortée par la culpabilité –la peur de la voir revenir. Mais rien ne cède sous les insultes, les larmes, la volonté d’acier. C’est que cela s’effrite, à mesure qu’il rapproche ses mains des miennes, et le baiser dans le cou. Collier autour, collet serré. Il ne m’aime pas, et il m’embrasse, et il est là, chaque jour, tellement là –si peu. Je ne l’ai pas, un livre inaccessible en haut d’une étagère, et tu t’efforces de te grandir, pointes des pieds tendues, bras étirés à outrance, soubresauts désespérés. Et tu y crois, tu y crois, tu y crois. Te résoudre à laisser ce bouquin en haut, sans toi, te déchire. Alors tu lis les livres à ta portée, tu te persuades que cela te suffit, suffira.

Tu y crois, tu recommences. Tu n’avances pas, tu régresses. Tu veux ta maman.

 

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16.12.08

Lettre ouverte.

Il y a quelques nuits, j'ai rêvé de Nous*. Lui, relégué aujourd'hui au rang d'ami, par la force des choses, et une volonté à en périr. Nous nous poursuivions, dans un labyrinthe urbain, le désir en tête de proue. Et puis l'amour, dans une chambre sale, un lit crevé et le ciel triste. Le décor semblait aussi épuisé que nous, mais nous nous aimions à en vomir. C'était du sexe, de la baise. Violent, sans autre prémisse que nos envies inassouvies jusqu'alors, déchirant, transcendant. Nos corps griffés, l'explosion charnelle. Je me réveille, et ce n'est pas toi qui dort contre moi.
Et c'est aussi bien, lui, dans mon, lit, je l'aime. Il est vivant, tu es inaccessible. La tactique du vivant, je veux plus. Ce n'était qu'un rêve, n'en parlons même plus. Il est mon espoir, demain s'ouvre illuminé.
Et lui, en fac de philo, qui me lit des poèmes sous la pluie ; une crêpe sucre et citron, un thé japonais, fleur des cerisiers. Ses escapades en Écosse, sac au dos et lacs mythiques. La liberté aux pommettes comme l'on épouse une inconnue un soir, juste parce que. Sonny Boy Williamson en fond.






Il y a trop d'hommes dans ma vie, et je n'ai plus quatorze ans pour leur en faire baver.
C'est moi, qui bave.

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27.11.08

Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage.

J'aime. Je hurle, je tombe, je dors, je fume, j'aime. La voisine, l'amoureux, la meilleure amie, la compagne d'hypokhâgne. Les lettres éplorées, le lyrisme d'avant, les larmes en cascade, c'est terminé. Encore quelques écorchures, qui piquent, à l'occasion -d'une lettre, par exemple, au hasard. Elle était belle, je crois, elle était intelligente, divinement. Et pourtant, il y avait cette cible commune, l'objet de nos amours. Perdu, lui, au milieu. A ne savoir choisir, il a perdu un peu, sans doute ai-je bien fait de céder ma place. Avec le recul, à le revoir, j'aime de nouveau la vie. Les passions exacerbées, et pour rien, cela ne rimait pas à grand chose de plus qu'un caprice mutuel. J'ai ouvert mon cœur, cessé d'exposer mon corps en proie facile. J'ai un Garçon, un seul. Et ça se passe étonnamment bien (il n'y avait pas que Lui qui pouvait me rendre heureuse, finalement ; le pouvait-il seulement, à la mesure de ce que j'en attendais ?).

 

Je vais tâcher de ne plus perdre connaissance à tout bout de champ, rattraper la moyenne de Latin au prochain trimestre, et là, dans quelques instants, savourer un thé.

J'aime mes Gens.
Merci.

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21.11.08

Chto - Sonia Chiambretto

Soudain, un soir, dans le froid d'un humide novembre, tu as posé la question. Un garçon, dans la rue, un passant, n'importe qui. L'air vaporeux, certainement échappé. Tu t'avances, tu hésites. Un regard sur tes jambes découvertes, la peau de tes bras nus, les pommettes rosées. « Pourquoi fait-on cela ? » ; il ne te regarde plus, là. Tu t'attends même à ce qu'il se lève, et s'en aille, léger, naturellement. Tu ne le retiendras pas, d'ailleurs. En fait, il regarde juste les décorations de noël au ciel. « Cela ? », tout doucement. « Suivre un chemin, se lever chaque matin mécaniquement ; ne plus se demander pourquoi ; s’apercevoir que l’on ne se l’est même jamais demandé ». Tu t’assoies près de lui ; il a les yeux trop clairs, trop tristes. Tu préfères les yeux noirs, tu sais les comprendre. Tu t’en persuades. Il ne dit rien, il s’appelle comme il veut, et moi aussi. Il ne s’appelle pas, tu ne veux plus.

Tu évoques l’hypokhâgne, les six heures que tu viens de consacrer à Canguilhem. Le matin, tu pars. La nuit, encore. Le soir, la nuit, toujours ; tu rentres. Tu n’es pas brillante, inspirée, talentueuse. Ils disent « intelligente » ; et l’intelligence fade, ça existe. Tu ne sais plus écrire ; du moins savent-ils tous écrire, là, sur les bancs -à tes côtés. Le filtre, tu saisis ? Choisis, que nous sommes. Ils sont la parole facile, la verve pertinente. Tu n’as pas ouvert la bouche, toi. Elles sont jolies, ils sont naïfs. « Tu n’es pas à la hauteur », calmement, toujours. « Et alors ? », hargneuse. « Tu vois bien, tu viens poser la question à un inconnu. C’est stupide. Tu as besoin, c’est tout. C’est stupide, stupide, stupide ». Il dit cela, j’ai envie de partir, oui. On vend des crêpes sous les arcades. Tu te lèves, tu t’en vas. « Avec du chocolat, je vous en prie ». Quelques euros plus loin et du sucre glace sur les lèvres, tu rentres chez toi. S’allonger sur le lit ; bruit de papier froissé sous ta tête, et tu te redresses. Tu lis.

Roland Barthes, Le degré zéro de l’écriture

Retiré du français parlé, le passé simple, pierre d'angle du Récit, signale toujours un art; il fait partie d'un rituel des Belles-Lettres. Il n'est plus chargé d'exprimer un temps. Son rôle est de ramener la réalité à un point, et d'abstraire de la multiplicité des temps vécus et superposés un acte verbal pur, débarrassé des racines existentielles de l'expérience, et orienté vers une liaison logique avec d'autres actions, d'autres procès, un mouvement général du monde : il vise à maintenir une hiérarchie dans l'empire des faits. Par son passé simple, le verbe fait implicitement partie d'une chaîne causale, il participe à un ensemble d'actions solidaires et dirigées, il fonctionne comme le signe algébrique d'une intention; soutenant une équivoque entre temporalité et causalité, il appelle un déroulement, c'est-à-dire une intelligence du Récit. C'est pour cela qu'il est l'instrument idéal de toutes les constructions d'univers; il est le temps factice des cosmogonies, des mythes, des Histoires et des Romans. Il suppose un monde construit, élaboré, détaché, réduit à des lignes significatives, et non un monde jeté, étalé, offert. Derrière le passé simple se cache toujours un démiurge, dieu ou récitant; le monde n'est pas inexpliqué lorsqu'on le récite, chacun de ses accidents n'est que circonstanciel, et le passé simple est précisément ce signe opératoire par lequel le narrateur ramène l'éclatement de la réalité à un verbe mince et pur, sans densité, sans volume, sans déploiement, dont la seule fonction est d'unir le plus rapidement possible une cause et une fin. Lorsque l'historien affirme que le duc de Guise mourut le 23 décembre 1588, ou lorsque le romancier raconte que la marquise sortit à cinq heures, ces actions émergent d'un autrefois sans épaisseur; débarrassées du tremblement de l'existence, elles ont la stabilité et le dessin d'une algèbre, elles sont un souvenir, mais un souvenir utile, dont l'intérêt compte beaucoup plus que la durée.
Le passé simple est donc finalement l'expression d'un ordre, et par conséquent d'une euphorie. Grâce à lui, la réalité n'est ni mystérieuse, ni absurde; elle est claire, presque familière, à chaque moment rassemblée et contenue dans la main d'un créateur; elle subit la pression ingénieuse de sa liberté. Pour tous les grands récitants du xixe siècle, le monde peut être pathétique, mais il n'est pas abandonné, puisqu'il est un ensemble de rapports cohérents, puisqu'il n'y a pas de chevauchement entre les faits écrits, puisque celui qui le raconte a le pouvoir de récuser l'opacité et la solitude des existences qui le composent, puisqu'il peut témoigner à chaque phrase d'une communication et d'une hiérarchie des actes, puisque enfin, pour tout dire, ces actes eux-mêmes peuvent être réduits à des signes. Le passé narratif fait donc partie d'un système de sécurité des Belles-Lettres. Image d'un ordre, il constitue l'un de ces nombreux pactes formels établis entre l'écrivain et la société, pour la justification de l'un et la sérénité de l'autre.
Le passé simple signifie une création : c'est-à-dire qu'il la signale et qu'il l'impose. Même engagé dans le plus sombre réalisme, il rassure, parce que, grâce à lui, le verbe exprime un acte clos, défini, substantivé, le Récit a un nom, il échappe à la terreur d'une parole sans, limite : la réalité s'amaigrit et se familiarise, elle entre dans un style, elle ne déborde pas le langage; la Littérature reste la valeur d'usage d'une société avertie par la forme même des mots, du sens de ce qu'elle consomme. Au contraire, lorsque le Récit est rejeté au profit d'autres genres littéraires, ou bien, lorsqu’à l'intérieur de la narration, le passé simple est remplacé par des formes moins ornementales, plus fraîches, plus denses et plus proches de la parole (le présent ou le passé composé), la Littérature devient dépositaire de l'épaisseur de l'existence, et non de sa signification. Séparés de l'Histoire, les actes ne le sont plus des personnes.








Et tu comprends « pourquoi ».

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03.11.08

Le printemps, c'est joli, pour se parler d'amour.

Le début d’un article se doit d’être toujours accrocheur. C’est raté, Chérie. C’est une histoire sans début nécessaire ; c’est un serpent qui mord à sa queue ; c’est un châtiment infernal.

Notre histoire, ce Lui, ce Moi n’a rien d’une romance habituelle. Elle ne sera jamais de celles qui commencent doucement,  se construisent au fil des entrevues, glissent de l’affection à la passion, nomment le duo « couple », se consument dans la lassitude, les reproches et les envies d’ailleurs. Cette histoire là, la notre, est tout autre. Elle ne ressemble à rien,  repose sur pas grand-chose et ne sera jamais affaire publique. C’est une histoire interdite, sans logique ni chronologie ; elle n’avance ni ne recule, ou alors seulement les deux à la fois. Elle est violence, transport, merveille. Elle n’existe pas car elle ne rentre dans aucun cadre ; car elle n’a pas de légitimité aux yeux des autres. Elle n’est ce que Nous en faisons : une composition au brouillon, farouche et larmoyante. C’est un duo qui n’a de sens que parce que nous sommes trois : Elle, Lui, Moi.

Je l’aime, Lui. Il dit qu’il m’aime, aussi. Nous agissons en criminels dès que les portes de nos appartements se referment, puisqu’il rêve de l’épouser, Elle. Elle en rêve aussi, mais c’est un fantasme purement conceptuel ; ce qu’Elle aime, c’est l’Idée de se marier avec Lui. Elle l’aime aussi, c’est évident ; et pourtant. Elle en séduit d’autres, elle s’imagine épousée d’un koweïtien, elle s’amourache d’autres hommes, très beaux. Il est surtout le seul garçon qui compte. La première fois, il y a trois ans ; j’étais saoule, trop jeune, désespérée. Je l’ai trouvé sublime, et brillant. Cette nonchalance naïve terriblement excitante ; et son indifférence. Nous avons juste grandit, et cela nous a réussi, je suis sa « meilleure amie » -terme ignoble, notons. Elle est mon alter ego intellectuel : littérature, esthétique, écriture, sensibilité, érotisme ; Elle renchérit mes ébats, alimente mes nuits, conditionne mes choix, brise mes mots pour les remodeler avec moi. Nos lettres, nos mails, nos appels : tout n’est que passion, soumission, domination ; et tout laisse derrière soi une trainée d’inachevé, un voile d’incomplétude. Je ne peux vivre ni avec, ni sans Elle. Elle me retient à force de : «  Je ne me sens pas capable de te laisser partir. Pour tout te dire, ça me briserait » ; je me tue en l’assommant de « je t’aime ». Il est là, Lui. Il ne choisit pas : Elle et moi, ni Elle ni moi. Elle est sa perfection, sa chose merveilleuse, l’unique issue possible à son bonheur ; il s’abîme avec moi, dans une réalité inévitablement décevante. Il se noie dans cet amour virtuel, et nous plongeons tous. Et je suis là, folle de Lui, tragique ; il me terrifie, me comble, me brise, me séduit chaque jour comme si c’était le premier. Elle ne dort plus, je ne dors plus, il ne dort plus ; ce n’est pas de la coquetterie poétique, la situation se nourrit et se détruit elle-même, et simultanément.

C’est une histoire à trois sans l’humour d’une partouze, sans l’absolu d’une amitié intellectuelle, sans l’équilibre du triangle équilatéral. Notre amour, c’est une histoire qui boite, une partouze ratée, une amitié dégénérée, un triangle tordu. C’est Barcelone, et Scarlett qui sombre avec Penelope et Javier. Sauf que personne ne part, ici. Chacun reste, creuse avec persévérance sa tombe -aidé des deux autres, et en sourit souvent. Chacun prend religieusement soin de son idéal. Elle imagine sa robe de mariée haute couture. Il rêve de cette princesse orientale à ses côtés, parfaite, divine. Et moi, je persiste à croire qu’il fera un choix, un jour, enfin, et que.

 

 

 

 

Et puis, il y a deux jours. Je suis venue te dire que je m’en vais. J’abandonne. Je le laisse se tuer dans cette histoire, « je ne peux plus me battre ». « Quoique l’idée même d’en finir avec [lui], avec elle, représente l’anéantissement d’une trop grande partie de ma vie ».

Hier, j'ai arrêté, avec Elle aussi.

Aujourd'hui, je dois remplir le vide.

 

Bonne chance.

 

 

 

A nous trois.

Posté par Esbroufe à 21:30 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

27.10.08

Mais dieu que l'amour est triste depuis que Dieu existe.

Le 13 Août, à Sabres

 

Mon grand Amour,

 Sans toi, que reste-t-il ? Rien, non, vraiment, rien ne saurait me détacher de toi ainsi une autre fois –aussi insidieusement, j’entends. Je ne me souviens plus, j’ai oublié, je suis désespérée. Avions-nous clairement fixé notre escapade toulousaine ? N’es-tu pas décidée pour le 20, comme il y a un an, comme pour notre Grande Première ? Seule, je me suis persuadée de la dernière semaine d’Août, sans porter grande attention aux dates, imaginant cette semaine du lundi 20 au dimanche 26 ; cela n’existe pas, Chérie ! et je ne m’en aperçois qu’hier, demandant pour la première fois depuis dix jours quel jour nous étions. Dix jours à pleurer, lire, douter, crier, veiller, et cela sans accorder nul intérêt au monde ; je suis recroquevillée en ma torpeur, et là. Je me trouve face à moi-même, cette « petite chose misérable » qu’accusait Marx. Et loin de rasséréner cette bête faible en plongeant dans la religion –m’y verrais-tu seulement ?-, je tue le temps et les nuits en introspection maladive : y arriverai-je ? que dira-t-on de moi ? serai-je à ma place ? « L’autre surgit devant moi » et me tue, Safia. Je me trouve face à l’Echec, le grand, le dramatique, le Tragique Echec. J’enferme mes craintes dans tes mots, ta voix, ton visage, tes beautés .Tu m’aimes, et c’est assez, n’est-ce pas ? Mais pour combien de temps ? Pourras-tu me supporter encore, là, pleurnicharde, susceptible, face à ce Toi ? Je n’avais pas compris, la dernière fois –la Première fois-, que tu avais été ennuyée de moi. Et tu es là.

 En outre, je ne cesse de ressasser les drames que j’ai laissé se jouer autour de Nous[*], ceux que j’ai fomentés de ne savoir /pouvoir choisir, ceux qui se trameront toujours au-dessous de ce qui compte. Et puis j’ai lu la correspondance de Gide et Valéry. Et j’ai, soudain, compris pourquoi nous continuions, ce qui nous poussait à ne rien laisser périr tout à fait. Quoique nos lettres se raréfient ; ou plutôt n’atteignent-elles jamais la boîte aux lettres. Quoique ces derniers mois (cette année ?) aient été terribles à endurer. Quoique tu m’en veuilles à jamais. Quoique je m’en veuille aussi, en fait. Mais nous sommes toujours là, dis, n’est-ce pas ? Nous perdurons, je t’aime&tu m’aimes, dis ?

 Tu t’apprêtes à découvrir mon petit studio, ses murs aux tons incertains, ses vieux volets, ses toilettes minuscules ; la belle vue sur les jardins voisins, la chaleur de mes effets disposés là. Tu trouveras cette effusion minable, loin du chic, loin du froid. Il est simplement aux couleurs de mes aspirations : maladroit et chaleureux, épuisé et chimérique. Promesses de bonheur échafaudées dans une terre marécageuse, le chef rivé vers la lumière tandis que le corps s’enfonce lentement dans les ténèbres.

 Safia, une nouvelle ère sera avec toi ou ne sera pas, comme dirait l’expression.

 Aime-moi autant que je t’aime ; je ne saurais t’offrir des merveilles, mais nous arriverons toujours à quelque chose, mon Amour.

Sauras-tu t’en contenter ?

 

A toujours.

Posté par Esbroufe à 11:50 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]